allocution 10e anniversaire F.V.

 Citoyens et résidents de Montréal-Nord,

Cadres de la mairie de Montréal-Nord,

Chers membres de la famille de Fredy Villanueva,

Distingués invités,

 C’est avec beaucoup d’empressement que je reçois du Conseil des leaders religieux de Montréal-Nord le noble mandat d’être son porte-parole ce soir devant autant de monde issu de profil et d’horizon diversifiés. Nous, leaders religieux de Montréal-Nord, aimerions dire à tous que ce qui nous unit ici, c’est le devoir de mémoire qu’impose le passage de ce jeune homme dans notre communauté. Il relève de notre plus haute responsabilité de savoir comment gérer cette mémoire pour qu’elle soit honorée, valorisée et accueillie non seulement à Montréal-Nord, mais dans toutes les autres municipalités et pourquoi pas, dans les pages d’histoire du Québec et du Canada.

Il convient de noter le fait qu’habituellement, devant le spectacle de la mort, la plupart des gens tombe dans l’oubli avec les années tandis que Fredy Villanueva continue encore de marquer les esprits et de faire rêver. Ce jeune homme a donc quelque chose de singulier que nous devrions comprendre aujourd’hui. Cette singularité est telle que nous voici tous en blanc, couleur de la pureté et de l’innocence, pour honorer avec respect et dignité sa mémoire en compagnie de sa famille, de dignitaires, de nombreux citoyens et de plusieurs acteurs sociaux.

Devant cette mobilisation permettez-nous de vous dire que nous ne sommes pas uniquement là pour commémorer; ce serait peu. Nous ne sommes pas là non plus uniquement parce qu’il y a un besoin; ce serait éphémère. Nous sommes là parce que vous êtes importants comme Fredy lui-même l’a été et continue de l’être après plus de dix ans. Cette importance, distingués invités, préside à notre déplacement et aussi à notre mobilisation qui s’inscrit dans la durée car elle est continue. On est mobilisé à chaque acte communautaire, à chaque fois qu’un jeune tombe et aussi à chaque fois qu’un jeune vit et entreprend quelque chose dans l’arrondissement.

Nous sommes en présence aujourd’hui de la famille de Fredy qui chaque année démontre plus de résilience devant ce qui se dessine comme étant un virulent combat intérieur et extérieur. Une mère a perdu son fils et continue encore sa quête spirituelle. Le christianisme est la religion d’une mère qui elle aussi a perdu son fils et qui a accepté malgré tout de parler le langage universel et transcendantal de l’amour. Une mère qui n’a pas choisi d’entrer aveuglement dans la victimisation, mais plutôt de vivre dans l’espérance et d’accueillir la Vie dans ses expressions souvent amères et chaotiques, une mère valeureuse. L’histoire du christianisme est celle d’un enfant dont la mort dépasse le cadre familial. Elle rappelle de très près celle de Fredy. Celle-ci peut s’installer donc, si nous le souhaitons, dans une préoccupation d’amour. Elle peut être positivée si nous y mettons un peu de bonne volonté. C’est donc à juste titre que nous vous demandons de faire de la mort de Fredy le lieu commun de l’amour et donc du rapprochement dans l’arrondissement. Faisons de Fredy une sorte de Christ des temps modernes avec un message de pardon et de réconciliation. Christ disait en effet, Femme, voilà ton fils et fils voilà ta mère, recomposant du coup sa famille qui serait sacrifiée par le vide de son départ anticipé et tragique. Ce n’est qu’à condition qu’il y ait un nouveau fils que la résilience de Marie put se développer. Nous sommes ici pour dire que nous sommes tous des nouveaux fils pour la famille Villanueva et, à ce titre, c’est avec paix et amour que nous cheminons ici, espérant que notre soutien comblera le vide immense causé par le départ de Fredy car souvent les liens biologiques peuvent céder à des liens sociaux de nature fraternelle. Nous vous demandons tout simplement de bien vouloir nous adopter car nous vous avons déjà adopté comme famille.

Nous, les fils et les filles adoptifs, nous formons une communauté diversifiée où le défi du vivre ensemble s’impose à nous. À Montréal-Nord, la diversité est protéiforme. Elle est religieuse, sociale, économique, ethnique, etc. Le défi de la construction d’un monde meilleur selon une vision de rapprochement des différentes forces vives de l’arrondissement est un défi majeur que nous ne pouvons guère sous-estimer. Toutefois, avec un peu d’amour, un peu de compassion et beaucoup de dialogue nous pouvons le relever ensemble. À la Martin Luther-King, nous nous permettons donc de rêver d’un jour où nous nous réunirons sans les tensions, sans les frustrations et sans les amertumes car nous aurons cheminé valablement ensemble. Nous rêvons d’un jour où la communauté parlera le même langage, celui de la paix et du respect. Nous rêvons d’un jour où la diversité sera plus que valorisée dans l’arrondissement, où elle ira plus loin que la simple rhétorique politique. Nous rêvons du jour où elle sera hautement célébrée.

Comme communauté, nous nous trouvons en face de cette responsabilité de laquelle relève l’avenir des générations futures : celle d’évoluer dans une culture de dialogue constructive pour avancer dans une démarche unitaire selon une vision participative et inclusive. À la violence, nous opposons la paix. À la haine, nous opposons l’amour, sachant que chaque personne ici est importante, peu importe ses opinions, son origine sociale, sa religion ou encore sa couleur; et notre rêve le confirme tandis que la réalité le réaffirme ou le réaffirmera selon ce que nous choisissons de faire en tant que groupes socio-identitaires.

Cela dit, un événement tragique comme celui de la mort de notre cher Fredy devrait nous faire évoluer. Que tous prennent acte du passé pour construire l’avenir à partir d’une orientation différente. Nous avons une responsabilité partagée quant à l’instauration d’un climat de paix, qu’il s’agisse des ethnies, qu’il s’agisse de la police, qu’il s’agisse des municipalités ou encore des autres paliers gouvernementaux. Nous devons tirer des leçons très claires sans lesquelles la mort de Fredy aura été vaine. Par nos actions en vue du changement, donnons-lui une seconde vie. Bâtissons ensemble un héritage dont il serait fier et dont sa famille pourrait s’honorer. Travaillons à ce que sa mort nous fournisse à la fois le prétexte et les outils du vivre ensemble. Collaborons pour une nouvelle Montréal-Nord. À ces conditions seulement, sa mémoire rentrera debout dans l’histoire de cet arrondissement et dans l’histoire collective comme un patrimoine commun.

Distingués invités, permettez que nous terminions sur une note de remerciements. Mes remerciements à la communauté qui s’est mobilisée, à la famille qui a pu se déplacer quoiqu’endolorie par le passé. Merci aux leaders religieux représentés par le Conseil des leaders religieux de Montréal-Nord. Merci à tous et surtout merci à Fredy d’avoir vécu parmi nous avec tant de chaleur, d’innocence et d’amour. Cette chaleur, cette innocence et cet amour, nous voulons la perpétuer dans nos traditions à Montréal-Nord pour honorer sa mémoire et construire une ville nouvelle.

 Merci!